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L' ARGIOPE FRELON ou ÉPEIRE FASCIÉE (Argiope bruennichi)
(Arachnides, Araneidae) 
(page 2 sur 3)
Read me ! A priori totalement inenvisageable, cette " page entomo " témoigne qu'il ne faut jurer de rien. Compte tenu de sa mise en oeuvre hivernale, et donc hors saison, je suis évidemment contraint de prendre des libertés avec la chronologie. De ce fait la ponte se verra finalisée avant les rubriques habituelles (morphologie, dimorphisme, etc ...) lesquelles seront complétées et illustrées au fil de mes observations ... et du bon vouloir de Dame Nature !
 
Intro !

La beauté aranéenne de la bête, l'étonnante architecture de son cocon de ponte, et plus encore l'énigmatique modalité des naissances, ont eu raison de mon aversion pour tout ce qui porte 8 pattes. Il ne faut pas trop en demander, mais à l'évidence ma quasi phobie lâche peu à peu du lest, car cette page entomo fait suite à celle déjà consacrée à la " mygale à chaussette ", autre araignée fort peu banale ... et néanmoins " bien de chez nous " !

Est-il besoin de le rappeler, les araignées ne sont pas des insectes, au sens zoologique du terme, d'où le caractère très inhabituel de cette page entomo. J'ajouterais appliquer la "recette" de longue date mise en oeuvre pour les insectes, à savoir beaucoup de temps, de patience, et d'observations, d'où le vécu qui caractérise ce site. Il s'ensuit un maximum de photos et vidéos explicatives, mais présentement d'inévitables lacunes car encore une fois les aragnes sont bien loin d'être mon domaine de prédilection … et encore moins ma "tasse de thé" !

Présentation !

Dédiée au naturaliste danois Martin Thrane Brünnich (1737-1827) l'Argiope bruennichi est à l'évidence plus connue sous ses appellations "grand public", les principales étant "Epeire fasciée" (de "fasciata" = bandes), et "Argiope frelon" eu égard au graphisme et à la coloration de son abdomen. Au passage vous noterez que le terme "argiope" fait référence au duvet argenté qui couvre l'avant-corps ( = céphalothorax ! ). L'espèce est largement répandue puisque par-delà l'Europe où elle remonte jusqu'en Scandinavie, elle est également connue d'Afrique du Nord, et d'une partie de l'Asie où elle atteint le Japon.

En raison de leur prédilection pour les sites bien dégagés, mais aussi du fait de leur très voyante parure et de l'importance de leur taille (près de 20 mm), les femelles sont aisément repérables. Elles le sont d'autant plus qu'elles se complaisent au centre de leurs toiles, leur livrée de type frelon détournant d'emblée les prédateurs. Les toiles sont circulaires (une trentaine de cm), et à ce titre qualifiées d' "orbiculaires", d'où le nom "d'orbitèles" donné aux araignées les tissant pareillement.

 
En attendant la saison des argiopes pour pouvoir vous proposer beaucoup plus, et beaucoup mieux !
A 2 pas de chez moi j'aurais pu faire des dizaines de photos de ce genre, mais répulsion oblige, j'en ai fait une seule ... et c'était à Madère ! La fameuse " île aux fleurs " étant en effet d'une grande pauvreté faunistique, notamment entomologique, mon APN se morfondait grave ... ceci expliquant cela ! Pour les besoins de la mise en page le zigzagant "stabilimentum" est présenté horizontalement.

La toile de notre argiope se singularise par la présence d'une longue bande soyeuse verticale, fortement zigzagante et d'aspect nacré, savamment appelée "stabilimentum". La raison d'être de cette curieuse structure n'est pas clairement établie. Les uns y voient une sorte de "tendeur", d'autres une forme de signalétique anti-percution comme les silhouettes d'oiseaux apposées sur les baies vitrées, d'autres encore lui attribuent la propriété de réfléchir les UV, rayonnement bien connu pour attirer les insectes, et donc les proies.

Comme vous le verrez ( du moins je l'espère ! ) le dimorphisme est très marqué, au point de donner l'impression d'avoir à faire à 2 espèces différentes. Cela vaut notamment pour la taille du mâle, de l'ordre de 5 à 6 mm là où la femelle triple la donne, voire le quadruple. J'ajouterais que les amours finissent souvent très mal, mais le fait n'a rien d'exceptionnel chez les araignées.

 
La ponte !

Au pays des insectes, la ponte marque le plus souvent la fin d'une vie et le début d'une autre. C'est également vrai pour notre argiope, et de nombreuses autres espèces d'araignées, même si la durée de vie de certaines grandes mygales peut avoisiner les ... 20 ans !

Fut-il instinctif, le cocon de ponte de l'Argiope frelon relève du chef d'oeuvre, et s'avère à nul autre pareil. Elaboré en fin d'été, et toujours nuitamment, il est généralement situé à moins de 50 cm du sol. Soigneusement amarré à la végétation l'entourant, il ressemble à une sorte de petite montgolfière inversée de 15 à 25 mm de diamètre. Couleur "feuilles mortes", et plus ou moins surligné de bandes verticales noirâtres, il passe aisément inaperçu et semble peu prisé des prédateurs, tels les oiseaux insectivores. A décharge le déjeuner n'est pas très copieux ( ou goûteux ? ), et il est surtout très bien protégé, ce qui peut démotiver le prédateur.

 
En attendant l'été, et là aussi de pouvoir mieux faire !
ci-dessus à gauche : ponte "in situ" (merci à C.Baral du site Démons et merveilles); au centre : la blancheur de cette ponte (in situ également) montre qu'elle est encore "en chantier", la soie brunissant progressivement sous l'effet de l'humidité ambiante; à droite : malmenés par l'hiver ces cocons ont été "restaurés" ( ramollis, puis décabossés ! ) après les émergences ultérieurement décrites.
ci-dessous : démonstration des modalités dudit brunissement sur cocon de Grand paon de nuit (Saturnia pyri). Sur la dernière photo, le brunissement de la partie droite a été obtenu en à peine 1 h, par simple pulvérisation d'eau.
 
Comme les photos ci-dessous le montrent, les oeufs (de 200 à 300), sont regroupés dans un petit réceptacle cylindrique semblant constitué de feutre tant la paroi est épaisse, dense, et finement tissée. Vous noterez son fond arrondi, son couvercle plat, mais aussi sa position centrale au sein de la montgolfière. Il y est entouré d'une "bourre" brunâtre, relativement grossière et aérée, assurant néanmoins l'indispensable protection thermique et mécanique. Durant plus de la moitié de l'année le cocon est en effet soumis à de multiples aléas, notamment climatiques, d'autant que ce laps de temps comprend l'intégralité de l'hiver, période durant laquelle les argiopes en devenir sont déjà écloses.
 
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à gauche : position et aspect de la capsule, sorte de petite hotte close où sont entassés les oeufs ;
à droite : "hotte" ouverte; vue sur l'entassement des oeufs; couvercle isolé donnant la mesure du feutrage constitutif et protecteur.
 
Les naissances !

Ne connaissant pas la date de cette ponte, je peux seulement dire que l'ouverture du cocon a été réalisée à la mi-octobre, la totale dépigmentation des bestioles laissant supposer leur très récente naissance. Leur petitesse fait qu'elles "crapahutent" aisément dans le dédale des fibres soyeuses composant la bourre, mais ces dernières se voient localement repoussées, l'espace ainsi libéré faisant office de nurserie.

 
Argiopes naissantes, d'où leur totale dépigmentation, y compris oculaire.
(les fils visibles sur l'allumette proviennent de la bourre)
Une séquence vidéo illustre cette étape du développement
  
La 1e mue ... "in the cocon" !

Cette fois nous sommes à la toute fin de février, et les jeunes aragnes sont passées au 2e stade larvaire. Les nombreuses mues résiduelles en font foi, tout comme l'évident changement de taille. La motricité s'est également accrue, mais les bestioles rechignent à quitter la bourre pour s'aventurer en "terre inconnue". Bien que le cocon soit largement ouvert, et la bourre très grossièrement remise en place, tout le monde se fourre au chaud ( comme nous sous la couette ! ) ... et y reste !

Là encore le regroupement "collé-serré" est à l'évidence recherché, et donc de règle, d'où un espace dédié obtenu par refoulement de la bourre (fait observé à plusieurs reprises sur ce même cocon). A la veille du 1e avril, date d' écriture de ces lignes, les bestioles sont toujours calfeutrées, Dame Nature considérant sans doute qu'avant l'heure ... c'est pas l'heure !

 
ci-dessus : afin d'accéder aisément au contenu du cocon, un très large volet a été découpé et retiré. Le fait d'étirer la bourre, et d'ainsi la "décompresser", a permis de voir les très nombreuses mues (issues du passage au 2e stade), et bien sûr de provisoirement déloger une ribambelle de jeunes et remuantes argiopes pour le moins perturbées par cette brutale intrusion et mise à jour; ci-dessous : mon incontournable allumette témoigne bien de l'accroissement de la taille, mais aussi d'une pigmentation bien avancée ( et même à terme au niveau oculaire ! ) ... mais encore incomplète au niveau corporel ! J'ajouterais que les filières vont déjà bon train ... et cela se voit !
 
 
 
Toujours le même cocon ....
 
ci-dessus : illustration d'un énième "déménagement" ( toujours aussi peu suivi d'effet ! ),
et mise en évidence de la zone de regroupement ... sorte de "salle de réunion" aranéenne :-)
ci-dessous : locataire (s) en gros plan ! Pas encore tout d'une grande, mais ça commence à y ressembler !
 

 

  
les pages entomologiques d' andré lequet : http://www.insectes-net.fr