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STENORIA ANALIS !
(Coléoptère Meloidae)
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2)- la prénymphe !

Maintenue en "élevage", une partie des pseudonymphes récoltées le 22 Mai m'a donné les premières prénymphes le 11 juillet. Comme les illustrations ci-dessous le montrent le terme de prénymphe est parfaitement explicite et judicieux, car les appendices (pattes notamment) sont à peine différenciés, et les étuis alaires (typique préfiguration de l'adulte), sont quant-à eux ... aux abonnés absents !

Les prénymphes étant protégées par les exuvies larvaires, et surtout pseudonymphales, vous noterez l'absence totale de pigmentation. Il s'ensuit un aspect diaphane, et une grande fragilité tégumentaire, puisque la sclérification ( = durcissement ! ) et la pigmentation évoluent de pair. Comme vous le verrez ultérieurement, cette pseudo immaturité a sa raison d'être.

 
Stenoria analis, mise en évidence de la prénymphe. Stenoria analis, mise en évidence de la prénymphe, photo 2. Stenoria analis, mise en évidence de la prénymphe, photo 3 Stenoria analis, mise en évidence de la prénymphe, duo.
ci-dessus : exemples de "décorticages" montrant la prénymphe entourée des exuvies pseudonymphale et larvaire; ci-dessous à gauche : prénymphe extraite, et en quelque sorte "dénudée", mettant en évidence le "bourgeonnement" des futurs appendices; à droite : prénymphes "lambda", montrant la constance de l'absence pigmentaire, habituellement signe d'immaturité.
Stenoria analis, prénymphe après extraction, photo 1. Stenoria analis, prénymphe après extraction, photo 2..............Stenoria analis, trio de prénymphes.
 

Moyennant le retrait (aisé) de l'exuvie larvaire il est non moins facile de déterminer la survenue de la prénymphe en jouant sur la relative translucidité de l'enveloppe pseudonymphale. En "mirant" cette dernière, comme on le fait pour les oeufs, il est de plus possible de repérer l'ébauche des pattes, et d'ainsi confirmer le statut prénymphal.

 Stenoria analis, formation de la prénymphe. Stenoria analis,  pseudonympes, avec prénymphes à l'intérieur, Stenoria analis, formation de la prénymphe, photo 2 Stenoria analis, formation de la prénymphe, photo 3
de gauche à droite : 1)- à l'intérieur de la partie postérieure de la pseudonymphe (elle-même incluse dans l'exuvie larvaire) on distingue nettement la prénymphe, par simple transparence; 2)- la perception des prénymphes est encore plus patente, après retrait de l'exuvie larvaire; 3)- idem photo 1, mais avec éclairage sous-jacent; 4)- idem la précédente, mais le retrait de l'exuvie larvaire permet de voir la silhouette de la prénymphe, et surtout de nettement distinguer l'ébauche des pattes (cercle rouge) ... sorte de "preuve par 9" morphologique !
 
3)- la nymphe !

Déjà bien peu banal du fait de son hypermétabolie (se traduisant je le rappelle par 2 stades post-larvaires surnuméraires), le développement de S. analis se singularise également par la brièveté du stade prénymphal. Le plus souvent il est en effet d'une huitaine de jours à domicile, et en ce mois de juillet caniculaire (2018) je ne serais pas étonné qu'il faille encore moins sur site, tant la nature du terrain et son exposition sont susceptibles de générer des conditions optimales.

Bien entendu cette brièveté explique l'absence de pigmentation de la nymphe, mais aussi la grande et logique fragilité qui s'ensuit, d'où l'indispensable protection de l'enveloppe pseudoymphale, cette dernière alliant rigidité et résistance du fait de son importante chitinisation.

 
Stenoria analis, mise en évidence de la nymphe, photo 1 Stenoria analis, mise en évidence de la nymphe, photo 2.
Autre "décorticage" montrant cette fois une nymphe au sein des 3 précédentes exuvies (larve / pseudonymphe / prénymphe). Du fait de son refoulement au niveau abdominal l'exuvie de la prénymphe n'est pas visible ici .... mais elle l'est parfaitement ci-dessous ! Vous noterez la pigmentation des yeux, tout premier stade de la maturation, celle des mandibules faisant suite.
 
 
Stenoria analis, nymphe fraîchement formée, vue ventrale. Stenoria analis, nymphe fraîchement formée, vue latérale. Stenoria analis, nymphe fraîchement formée, avec allumette étalon. Stenoria analis, nymphe fraîchement formée, autre vue ventrale. Stenoria analis, nymphe fraîchement formée,  autre vue latérale.
ci-dessus : nymphes tout juste formées, et donc totalement dépigmentées. Vous noterez la grande finesse de l'exuvie, et son refoulement vers l'extrémité abdominale. Nettement plus "bedonnante", la nymphe la plus à droite correspond à une future femelle; ci-dessous à gauche : nymphe quasi "du jour", avec tout début de la pigmentation oculaire; à droite : le "mirage" de l'enveloppe pseudonymphale permet là aussi de globalement distinguer le profil nymphal, mais aussi de situer les pattes, cette fois dignes de ce nom ... re-preuve par 9 !
Stenoria analis, nymphe extraite, photo 1. Stenoria analis, nymphe extraite, photo 2............... Stenoria analis, nymphe  in situ, photo 1. Stenoria analis, nymphe  in situ, photo 2.
 

... puis sa maturation !

Stenoria analis, nymphe  dans l'enveloppe pseudonymphale. Stenoria analis, jeune nymphe, après extraction. Stenoria analis,  nymphe âgée, après extraction
à gauche : se pigmentant en premier, les yeux et les mandibules deviennent visibles, sous l'enveloppe pseudonymphale; au centre : après extraction, nymphe au même stade de maturation; à droite : illustration de la progression de la pigmentation.
 
... et pour finir l'imago !
De 10 à 15 jours après la formation de la nymphe, le S. analis en devenir va accéder au stade adulte, via une 4e et dernière mue qualifiée d'imaginale. Tout se passant encore au sein même de la coque pseudonymphale, la pigmentation noirâtre de la nymphe à terme et la coloration de l'avant-corps de l'insecte adulte tendent à se confondre. En pareil cas le mirage est impossible, mais l' imago "nouveau-né" est facilement détectable par le mouvement des pattes, notamment postérieures.

Le même laps de temps sera nécessaire à l'imago pour parachever sa maturation, et notamment résorber un abdomen classiquement très volumineux chez les imagos fraîchement formés. Il s'ensuit une nouvelle pause au terme de laquelle les Stenoria du cru 2018 vont gagner l'air libre, après s'être affranchis d'une coque nymphale devenue fort peu résistante.

 
Stenoria analis, imago dans coque pseudonymphale...........Stenoria analis, imagos prêts à éclore, photo 1. Stenoria analis, imagos dans coques pseudonymphales. ........ Stenoria analis, coques pseudonymphales après éclosions.
à gauche : sans doute pressée d'en finir, Dame Nature a là encore mis le turbo, puisque qu'une dizaine de jours s'est écoulée entre la formation de la nymphe et celle de l'imago dont les pattes postérieures sont ci-dessus parfaitement visibles .... et "pédalent" sur cette vidéo ! au centre : imagos en phase de maturation (avec et sans les exuvies larvaires) à droite : le précédent trio, 14 jours plus tard ... la messe est dite !
 

Comme toujours chez les insectes ne se nourrissant pas, la durée de vie s'en trouve très écourtée, puisque tributaire des seules réserves nutritives. Le fait est fréquent chez les papillons nocturnes, mais plutôt exceptionnel chez les coléoptères. En pareil cas la reproduction constitue bien sûr la seule raison d'être, la femelle vivant toujours un peu plus longtemps, ponte oblige.

Le confinement d'un élevage peut certes faciliter les "rapprochements", mais présentement le doute n'est pas permis, et j'avoue avoir été très surpris ... et même"scotché" ! Quelques heures après leur émergence ( et je dis bien quelques heures ! ), les Stenoria passent en effet à l'acte ... avec ponte dans la foulée !

En regard de l'exceptionnelle complexité du développement de l'insecte, cette très surprenante rapidité apparaît quelque peu frustrante, du genre "tout ça pour ça". Dame Nature n'ayant pas pour habitude de bâcler son ouvrage, la bonne formule serait plutôt "vite fait bien fait", ultime et indéniable originalité clôturant la saga d'une bestiole décidément bien peu ordinaire.

 
Stenoria analis, prélude à l'accouplement. Stenoria analis, accouplement. ..............Stenoria analis, femelle à pondre,. Stenoria analis, femelle à pondre, détail.
Accouplement et ponte ... le jour même de l'émergence !
Fort du devoir accompli, et de ses 2 compagnes d'émergence maintes fois honorées, le mâle aura vécu moins de 24 h,
comme quoi la brièveté de vie n'est pas l'apanage des éphémères !
 
Pour info !
Quand une abeille ... en cache une autre !

Découvertes dans un lot de cellules comportant des larves avancées, il m'a semblé logique de voir en ces prénymphes de futures Colletes, l'iconographie d'une publication universitaire hollandaise allant en ce sens. En fait, comme les images à suivre le montrent, il ne s'agit pas de Colletes en devenir, mais bel et bien de prénymphes d' "Epéolus à cuisses rouges" (Epeolus cruciger), abeille cleptoparasite dite "abeille coucou" !

Avec un nom pareil, nul besoin de faire un dessin pour comprendre que cette abeille s'attable sans y être invitée, ses méfaits s'ajoutant à ceux des Stenoria, et sans doute à d'autres encore ... ainsi en est-il des "équilibres" instaurés par Dame Nature !

Concrètement la femelle "coucou" profite de l'absence momentanée de la Collète (en quête de pollen par exemple) pour s'introduire dans son nid et pondre un oeuf dans une cellule non encore operculée. Vous l'aurez compris, la larvule parasite va croquer l'oeuf "légitime" et s'approprier ainsi des victuailles qui ne lui étaient pas destinées ... d'où le terme de "cleptoparasite" ... CQFD !

 
Abeille coucou (Epeolus criciger), prénymphes "in situ". Abeille coucou (Epeolus criciger), prénymphes isolées. Abeille coucou (Epeolus criciger), prénymphes avec allumette-échelle. 
ci-dessus à gauche : prénymphes de l'abeille-coucou (Epeolus cruciger) telles que trouvéees dans les cellules de Colletes (17 avril); à suivre : idem , hors cellules; ci-dessous à gauche : issue des 3 prénymphes maintenues en "élevage", cette nymphe vient tout juste de se former, d'où sa totale blancheur et son extrême fragilité; à droite : le gonflement de la partie antérieure de la prénymphe centrale laisse augurer son prochain passage à l'état de nymphe.
Abeille coucou (Epeolus criciger), prénymphes et nymphe, photo 1....... Abeille coucou (Epeolus criciger), prénymphes et nymphe, photo 2.
 

 

Abeille du lierre (Colletes hederae), jeune nymphe.Abeille coucou (Epeolus criciger),  jeune nymphe. Abeille coucou (Epeolus criciger),  nymphe âgée, vue latérale. Abeille coucou (Epeolus criciger),  nymphe âgée, vue ventrale
ci-dessus à gauche : nymphe récemment formée de l'abeille-coucou Epeolus cruciger; à suivre : la même presque à terme.
ci-dessous : toujours la même ... après passage à l'état adulte !
Abeille coucou (Epeolus criciger), adulte sur doigt, photo 1. Abeille coucou (Epeolus criciger), adulte sur doigt, photo 2 Abeille coucou (Epeolus criciger), adulte sur doigt, photo 3. Abeille coucou (Epeolus criciger), adulte sur doigt, photo 4.
 
En guise de conclusion .....

Dame Nature a certes de drôles d'idées, mais quel plaisir de les découvrir, qui plus est pas à pas, et d'ainsi tenter de comprendre "comment ça marche". En cela l'élevage est irremplaçable, du moins quand il est possible, car en nature on rate fatalement des épisodes … et il n'y a pas de "replay" !

 
... et une vidéo ( en partie récapitulative ! ) pour boucler le tout !
 
Nota : cette "page entomo" a fait l'objet de 4 publications:
1)- Découverte de Stenoria analis. (Schaum, 1859) à A bbaretz et Pénestin en Loire-Atlantique (France) (Coleoptera : Meloidae). Bull. Soc. Sc. Nat. Ouest de la France (N.S.), 2018, 40, (1-2).
2)- Rencontre avec Stenoria analis. "INSECTES" (les Cahiers de liaison de l' Office pour les Insectes et leur Environnement) n° 189 - 2018 (2).
3)- Stenoria analis (Schaum, 1859) (Coleoptera : Meloidae) un cleptoparasite de l’abeille du lierre Colletes hederae Schmidt & Westrich, 1993 (Hymenoptera: Colletidae) : biologie et écologie . Bulletin de la Société des Sciences Naturelles de l’Ouest de la France (N.S.), 2019, 41 (1-2) : 51-61
4)- L’abeille coucou Epeolus cruciger (Panzer, 1799) (Hymenoptera: Apidae), cleptoparasite de l’abeille du lierre Colletes hederae Schmidt & Westrich, 1993 (Hymenoptera: Colletidae) : signalement en France et caractéristiques morphologiques. Bulletin de la Société des Sciences Naturelles de l’Ouest de la France (N.S.), 2019, 41 (1-2) : 62-65.
 
FIN
 
les pages entomologiques d' andré lequet : http://www.insectes-net.fr ;