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Maintenue en "élevage", une partie des pseudonymphes récoltées le 22 Mai m'a donné les premières prénymphes le 11 juillet. Comme les illustrations ci-dessous le montrent le terme de prénymphe est parfaitement explicite et judicieux, car les appendices (pattes notamment) sont à peine différenciés, et les étuis alaires (typique préfiguration de l'adulte), sont quant-à eux ... aux abonnés absents !
Les prénymphes étant protégées par les exuvies larvaires, et surtout pseudonymphales, vous noterez l'absence totale de pigmentation. Il s'ensuit un aspect diaphane, et une grande fragilité tégumentaire, puisque la sclérification ( = durcissement ! ) et la pigmentation évoluent de pair. Comme vous le verrez ultérieurement, cette pseudo immaturité a sa raison d'être.
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Moyennant le retrait (aisé) de l'exuvie larvaire il est non moins facile de déterminer la survenue de la prénymphe en jouant sur la relative translucidité de l'enveloppe pseudonymphale. En "mirant" cette dernière, comme on le fait pour les oeufs, il est de plus possible de repérer l'ébauche des pattes, et d'ainsi confirmer le statut prénymphal.

Déjà bien peu banal du fait de son hypermétabolie (se traduisant je le rappelle par 2 stades post-larvaires surnuméraires), le développement de S. analis se singularise également par la brièveté du stade prénymphal. Le plus souvent il est en effet d'une huitaine de jours à domicile, et en ce mois de juillet caniculaire (2018) je ne serais pas étonné qu'il faille encore moins sur site, tant la nature du terrain et son exposition sont susceptibles de générer des conditions optimales.
Bien entendu cette brièveté explique l'absence de pigmentation de la nymphe, mais aussi la grande et logique fragilité qui s'ensuit, d'où l'indispensable protection de l'enveloppe pseudoymphale, cette dernière alliant rigidité et résistance du fait de son importante chitinisation.


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... puis sa maturation !

Le même laps de temps sera nécessaire à l'imago pour parachever sa maturation, et notamment résorber un abdomen classiquement très volumineux chez les imagos fraîchement formés. Il s'ensuit une nouvelle pause au terme de laquelle les Stenoria du cru 2018 vont gagner l'air libre, après s'être affranchis d'une coque nymphale devenue fort peu résistante.
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Comme toujours chez les insectes ne se nourrissant pas, la durée de vie s'en trouve très écourtée, puisque tributaire des seules réserves nutritives. Le fait est fréquent chez les papillons nocturnes, mais plutôt exceptionnel chez les coléoptères. En pareil cas la reproduction constitue bien sûr la seule raison d'être, la femelle vivant toujours un peu plus longtemps, ponte oblige.
Le confinement d'un élevage peut certes faciliter les "rapprochements", mais présentement le doute n'est pas permis, et j'avoue avoir été très surpris ... et même"scotché" ! Quelques heures après leur émergence ( et je dis bien quelques heures ! ), les Stenoria passent en effet à l'acte ... avec ponte dans la foulée !
En regard de l'exceptionnelle complexité du développement de l'insecte, cette très surprenante rapidité apparaît quelque peu frustrante, du genre "tout ça pour ça". Dame Nature n'ayant pas pour habitude de bâcler son ouvrage, la bonne formule serait plutôt "vite fait bien fait", ultime et indéniable originalité clôturant la saga d'une bestiole décidément bien peu ordinaire.
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Découvertes dans un lot de cellules comportant des larves avancées, il m'a semblé logique de voir en ces prénymphes de futures Colletes, l'iconographie d'une publication universitaire hollandaise allant en ce sens. En fait, comme les images à suivre le montrent, il ne s'agit pas de Colletes en devenir, mais bel et bien de prénymphes d' "Epéolus à cuisses rouges" (Epeolus cruciger), abeille cleptoparasite dite "abeille coucou" !
Avec un nom pareil, nul besoin de faire un dessin pour comprendre que cette abeille s'attable sans y être invitée, ses méfaits s'ajoutant à ceux des Stenoria, et sans doute à d'autres encore ... ainsi en est-il des "équilibres" instaurés par Dame Nature !
Concrètement la femelle "coucou" profite de l'absence momentanée de la Collète (en quête de pollen par exemple) pour s'introduire dans son nid et pondre un oeuf dans une cellule non encore operculée. Vous l'aurez compris, la larvule parasite va croquer l'oeuf "légitime" et s'approprier ainsi des victuailles qui ne lui étaient pas destinées ... d'où le terme de "cleptoparasite" ... CQFD !
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Dame Nature a certes de drôles d'idées, mais quel plaisir de les découvrir, qui plus est pas à pas, et d'ainsi tenter de comprendre "comment ça marche". En cela l'élevage est irremplaçable, du moins quand il est possible, car en nature on rate fatalement des épisodes et il n'y a pas de "replay" !