En dépit de leur corpulence, et d'une morphologie semblant pourtant bien peu adaptée à ce genre d'exercice, les courtilières volent, et plutôt relativement bien semble-t-il. Les envols sont nocturnes, généralement groupés, et plutôt par température élevée, mais à ma connaissance on ne sait pas trop s'il s'agit d'une sorte d'essaimage, de l'abandon d'un lieu de vie devenu défavorable, ou encore d'une expression sexuelle ...
Tout aussi étonnant, la courtilière nage avec beaucoup d'aisance ( vidéo ! ), et peut faire preuve là encore d'une grande vélocité. En cas de danger elle est même capable de la jouer "Grand bleu" en s'immergeant totalement durant plusieurs minutes ... mais il est une condition ! Au cours de ces immersions la bestiole remonte de temps en temps pointer son museau hors d'eau, histoire de voir ce qui se passe, tout en donnant l'impression de venir "reprendre une respiration" ... que l'on sait pourtant trachéenne ! ( vidéo ! )
En milieu aquatique les pattes jouent évidemment un rôle essentiel, mais pas vraiment prépondérant, car notre bestiole bénéficie d'une véritable flottabilité naturelle, et pour tout dire elle est même carrément insubmersible. Cela tient au caractère très hydrofuge de ses téguments, mais aussi à sa forte corpulence, le tout associé au réseau respiratoire trachéen, l'air emmagasiné y faisant office de flotteur. De ce fait, tel un bouchon que l'on voudrait "noyer", la bestiole remonte instantanément en surface, d'où la quasi obligation de "se tenir" à un quelconque support immergé afin de pouvoir elle-même descendre sous l'eau ... et s'y "planquer" !
Certains insectes aquatiques, tel l'Hydrophile (Hydrophilus piceus) usent du même procédé, la couche d'air ainsi emmagasiné permettant une respiration en quelque sorte "sous-marine". En est-il de même pour la courtilière ? ... il est permis de le supposer !
Concernant
la nage de la courtilière, voici le témoignage
très plaisamment imagé de Nathalie Kaye : "Elle
« marchait », glissait, se « dandinait »
même zigzaguait sur la surface de leau.
Cétait assez rigolo, elle paraissait tout à
fait à laise, et pas du tout en train de se noyer ou
en difficulté. Dailleurs, quand nous lavons
approchée, elle sest « enfuie » à
une vitesse ! zoup zoup ! Juste le temps de prendre une photo
-ci-contre- (sûr que cest le coup de flash qui
la surprise !).
Par-delà des bruissements d'ailes observables chez les 2 sexes, et assimilables à une forme de communication, si ce n'est de "conversation" (voir le témoignage ci-dessous), les courtilières mâles émettent un chant différent et logiquement spécifique. Malaisé à définir ce chant est décrit comme une sorte de roulement continu, dans un registre plutôt grave, les uns le qualifiant de doux là ou d'autres l'estiment puissant. Quoi qu'il en soit, le but de ce chant est bien sûr de séduire une belle, et à cet effet il se fait surtout entendre en Mai-Juin, saison des amours au pays des courtilières.
En attendant de pouvoir immortaliser la bestiole "in vivo" dans ses oeuvres, ce qui était pour moi un petit mystère se voit en grande partie levé ( merci Alain Fraval ! ). Comme chez le grillon le chant est en effet obtenu par frottement des "élytres" l'un sur l'autre, ces derniers demeurant bien sûr en position normale et donc dorsale. Comme chez le grillon encore le chant est modulable en fonction des circonstances si ce n'est des humeurs de la bestiole. En d'autres termes la courtilière peut "roucouler" pour séduire une belle, ou se faire colère pour "éjecter" un concurrent. Ces nuances sont rendues possibles par le rythme des frictions (les élytres fonctionnant à la manière de ciseaux), et par l'intensité de la friction entre les zones élytrales spécialisées que sont la "râpe" et le "grattoir". Le chant se pratique au débouché d'une galerie évasée en entonnoir, qui tel un mégaphone permet d'amplifier le volume et la portée des sons émis.
Une belle approche des "Choses de la Nature" fait qu'en son jardin les courtilières sont plus que tolérées. Merci donc à Damien Girard, car grâce à lui je peux enfin vous proposer le chant d'appel classique. Sachez qu'il est naturellement doux, et sera à coup sûr faussé si vous montez le son plus que nécessaire.
Bien entendu le chant ne serait rien sans l'audition, d'où la nécessaire présence "d'oreilles", que sont les tympans auditifs des insectes. Restait à les trouver, sachant que la forme et la taille sont censément susceptibles de varier, et qu'ils peuvent siéger là où on ne les attend pas. Comme chez le grillon champêtre, ils sont en fait situés sur la face interne des tibias, et non sous le rebord thoracique ! ... mea culpa ! A décharge les "oreilles" de la coutilière sont difficilement repérables ( d'où ma confusion ! ), et d'autant mieux protégées qu'elles sont localisées sur des zones soumises à rude épreuve lors des travaux de terrassements.
L'énigme ... et sa solution !
Littéralement "scotchée" sur le macadam d'une aire autoroutière de la région toulousaine, l'étonnante courtilière ci-dessous a été photographiée de nuit, en 2003, par Sophie Vlemincx. La bête agonisait, et vrombissait par intermittence, ce qui a attiré l' attention de l'auteur. Outre la position des appendices, et leur parfaite symétrie, j'ai été tout particulièrement surpris par les élytres "à la retourne", jusqu'au jour où j'ai pu vérifier la réalité de cette peu banale particularité morphologique, mais toujours sans en connaître ... le pourquoi du comment ! Il aura fallu attendre 2012, et le témoignage ci-dessous, pour "tout comprendre" ... ou presque !
Témoignage ... capital !
Reçu par mail en date du 28 avril 2012, ce témoignage d'un restaurateur installé dans un petit village de Haute Saône est particulièrement intéressant, et instructif. Le retournement des élytres sur le vif se voit en effet confirmé, ainsi que sa raison d'être. A cela s'ajoute une forme de communication sonore peu banale, sans doute à connotation sexuelle, car elle intéresse les 2 sexes, et s'avère totalement étrangère au chant proprement dit, ce dernier étant l'apanage du mâle.
" Ce soir en raccompagnant des clients a la porte du restaurant nous avons eu la surprise de tomber sur deux belles courtilières au milieu de la route nationale qui passe devant mon établissement. Nous ne connaissions pas cet insecte, mais ayant toujours quelques reflexes de ma scolarité de bac S biologie écologie j'ai entrepris de faire des recherches, et j'ai fini par trouver des réponses sur votre site. Cependant j'ai encore quelques interrogations en suspend...
Nous les avons repéré grâce au "vrombissement" qu'elles produisaient en étant séparées d'une distance de 1.5 m. On avait l'impression d'une "discussion" l'une répondant a l'autre grâce a ces mouvements d'ailes, les deux se tenant les élytres vers l'avant. Serait-ce une parade amoureuse? un règlement de compte?
L'un des deux spécimens nettement plus gros que l'autre atteignait quasiment 7,5cm (mesuré avec une règle d'école !! ), est-ce normal ??
N'ayant ni mon téléphone ni un appareil photo a portée de main je n'ai hélas pas de preuve de ce que j'ai vu (à part mes deux témoins) mais je compte bien ramener mon appareil photo dès demain pour pouvoir vous faire suivre une photo ou une vidéo de cette scène si j'ai l occasion d' y assister à nouveau".
Si un pro de la courtilière passe par cette "page entomo" je serais ravi de connaître la raison d'être des détails morphologiques ci-dessous ciblés. Chacun d'entre eux fait l'objet d'un petit commentaire sur la nature de mes interrogations.